La situation et les perspectives de lactivité pétrolière en Mauritanie
Date : 08/02/2010 à 23:04:15
Depuis 2006, la Mauritanie est devenue un pays producteur de pétrole.
On se propose, ici, de faire un état des lieux succinct de lactivité pétrolière dans ce pays et sur lincidence de celle-ci sur son développement économique et sa stabilité politique.
Pour cela, on développera, successivement, les points suivants :
1- Situation de lactivité pétrolière
2- Perspectives de lexploitation pétrolière
1- Situation de lactivité pétrolière
La superficie de la Mauritanie est de 1 080 000 km². Elle possède deux bassins sédimentaires susceptibles de contenir des hydrocarbures : le bassin de Taoudenni qui sétend, en on shore, sur 500 000 km² et le bassin Côtier qui couvre 184 000 km² dont 100 000 km² en offshore.
Ce dernier bassin sétend sur 750 km de côte de locéan Atlantique allant de la frontière avec le Sénégal au sud jusquà la ville de Nouadhibou au nord du pays.
Dans ce qui suit on essaiera, brièvement, de faire la situation de lactivité pétrolière dans chacun de ces bassins.
a- Le bassin Côtier
Lactivité dexploration pétrolière dans ce bassin a commencé dès 1960, lannée de lindépendance du pays. Elle sest poursuivie, sans relâche, jusquen 1992, sans découverte commerciale.
Après plus de 4 ans dinterruption, les opérations ont repris de plus belle.
Ce bassin est subdivisé en 56 blocs dont 9 seulement sont occupés pour le moment.
Actuellement, 11 entreprises pétrolières dont, en particulier, les opérateurs Petronas, Dana et Tullow Oil y sont présentes et 8 contrats de partage de production pétrolière y sont déjà signés entre ces différentes entreprises, les partenaires de celles-ci et le gouvernement mauritanien (voir la carte jointe).
Petronas a acquis, en 2007, les actifs de Woodside en Mauritanie. Cette dernière société est à lorigine de la découverte du pétrole mauritanien. Elle a quitté ce pays à cause des problèmes techniques quelle a rencontrés dans ses opérations et pour lesquelles elle na pas pu apporter une solution économique ; mais aussi, suite au différend qui lavait opposée aux autorités mauritaniennes, en 2006, à propos de ses fameux avenants aux contrats de partage de production.
A ce jour, 62 000 km de sismique 2D (2 Dimensions) et 19 000 km² de sismique 3D (3 Dimensions) ont été tirés dans ce bassin et 58 puits y ont été forés dont 11 avant linterruption de lactivité en 1992 et 3 dans sa partie one shore.
Plusieurs découvertes y ont été annoncées depuis mai 2001.
Les réserves de pétrole (confirmée uniquement pour le gisement Chinguetti) dans les champs de Chinguetti, Walata (ex-Tiof) et Tevet sont de lordre de 400 millions de barils. Ces champs sont tous situés dans le bloc 4 et opérés par Petronas.
Les réserves de gaz des champs Banda (situé dans le bloc 4 et opéré par Petronas) et Pélican (situé dans le bloc 7 et opéré par Dana) sont estimées à 3 TCF (Trillion Cubic Feet) ou 84 milliards m3.
Le champ de Chinguetti, le premier gisement de pétrole à être exploité en Mauritanie, avec des réserves récupérables de 120 millions de barils, a été mis en production le 24 février 2006 à raison de 75 000 barils/jour. Sa durée de vie était estimée, à lépoque, à 10 ans.
Mais très vite, de nombreux problèmes techniques, imposables à Woodside qui opérait ce champ à lépoque, sont apparus. Ceux-ci sont dus essentiellement au mauvais positionnement des puits et à la surestimation du taux de récupération du pétrole. Ils ont eu pour conséquence une importante chute de la production de ce gisement. Celle-ci se situe actuellement (février 2010) à 9 000 barils/jour. Ce taux permet de couvrir, tant que les prix du pétrole sont supérieurs à 50 USD/baril, les charges dexploitation (100 millions USD/an) et permettre à la Mauritanie et aux différentes sociétés de percevoir une petite rente. Les amortissements des investissements engagés (plus dun milliard USD) ne seront, sans doute, jamais récupérés en totalité par les membres du consortium qui gèrent ce champ.
Des tentatives coûteuses daugmentation de la production, effectuées au cours de lété 2008, par Petronas et ses partenaires, grâce à de nouveaux forages et des reprises de puits existants nont pas abouti aux résultats escomptés.
Les investissements dans lexploration, le développement et lexploitation de ce champ représentent un recors mondial. Le coût technique dun baril de pétrole de Chinguetti (coûts divers / réserves récupérables) dépasse 40 USD/baril alors que ce même coût représente moins de 15 USD/baril en Mer du Nord (conditions extrêmes) et moins de 2 USD/baril au Moyen Orient.
Dans ces conditions, la fin de lexploitation de Chinguetti pourrait être avancée. Les provisions pour son abandon, qui séchelonneront sur 2 à 3 ans, figurent déjà dans le budget 2010 consacré à son exploitation.
Les revenus de létat mauritanien (rente uniquement) provenant de lexploitation de Chinguetti sont : 89 millions USD en 2006, 46 millions USD en 2007, 55 millions USD en 2008 (effet augmentation vertigineuse des prix du pétrole jusquà 147 USD/baril) et 26 millions USD en 2009.
Concernant les autres gisements pétroliers (Walata et Tevet), aucune décision de commercialité et encore moins de programme de développement nont encore été présentés au gouvernement mauritanien par lopérateur, Petronas, malgré les forages dévaluation de Walata (6 puits) et Tevet (2 puits) effectués par Woodside avant son retrait définitif de la Mauritanie.
Le gisement de Pélican (gaz) na pas encore été évalué. Au niveau de celui de Banda (gaz), 2 forages ont été effectués en plus de celui qui a abouti à sa découverte.
Les réserves (3 TCF ou 84 milliards m3), qui doivent être confirmées par des évaluations précises, ne permettent pas encore de se lancer dans la construction dunités de liquéfaction de gaz que toutes les entreprises présentes en Mauritanie souhaiteraient entreprendre le plus tôt possible. Il faut pour cela avoir 200 milliards de m3 de gaz récupérables (7 TCF) pour rentabiliser les lourds investissements nécessaires à ce type dindustrie gazière.
Des études, en association avec des entreprises gazières internationales (Gaz de France et Petronas), ont été initiées par les autorités mauritaniennes pour la génération délectricité à partir du gaz associé au pétrole de Chinguetti (ce gaz est stocké pour le moment dans un puits situé dans le champ voisin de Banda et foré à cet effet) et le gaz de Banda une fois les volumes de celui-ci connus avec précision.
Des résultats de ces études, il ressort la mise en place, sur une période de 25 ans, dune centrale électrique de 700 MW. La construction de celle-ci se fera en 2 phases de 350 MW chacune.
Les conditions de réalisation de cet important projet sont en cours de négociation entre la Mauritanie et ses différents partenaires.
Une fois cette centrale construite, il est intéressant pour la Mauritanie de donner une priorité à la vente à la SNIM (Société Nationale Industrielle et Minière) de tout excédent énergétique. Une ligne haute tension, pour acheminer ce surplus, pourrait être réalisée entre les villes de Nouakchott et de Nouadhibou permettant aussi à la côte de mieux se développer. Certains projets de la SNIM non rentables, aujourdhui, le deviendront et une augmentation sensible de la rentabilité des différentes mines exploitées par cette société sera constatée.
Il y a lieu de rappeler, ici, que les coûts énergétiques représentent 60% des charges dexploitation de la SNIM.
b- Le bassin de Taoudenni
Lactivité dans ce bassin a démarré en 1968 pour se terminer, en vain, en 1974. Cest un bassin peu connu et qui recèle, selon les spécialistes, dimportantes réserves dhydrocarbures. Il est subdivisé en 73 blocs dont seulement 21 sont occupés actuellement.
Depuis 2003, plusieurs grandes entreprises, Total, Repsol et Wintershall notamment, y ont pris des permis et sont dans des phases avancées de leur exploration.
Total effectue actuellement son premier forage dont lobjectif est situé à 4 200 m. On prévoit les premiers résultats de celui-ci courant mars de cette année. Repsol vient de finir lacquisition de ses données géophysiques et procédera, sans doute, après les interprétations de celles-ci, à un forage courant 2011.
Quant à Wintershall, elle a commencé (janvier 2010) lexécution dune sismique 2D de 1 600 km prévue pour durer 5 mois environ.
16 contrats de partage de production y sont déjà signés par 12 entreprises pétrolières internationales (voir la carte jointe).
12 000 km de sismique 2D y ont été tirés et seulement 3 forages y ont été exécutés dont 2 en 1974 par Agip et Texaco et celui qui est actuellement en cours de réalisation par Total.
2- Perspectives de lexploitation pétrolière
Des réserves importantes dhydrocarbures, selon des experts, seront mises en évidence, au cours des prochaines années dans le bassin de Taoudenni mais aussi dans le bassin côtier, par ces différentes entreprises pétrolières opérantes actuellement en Mauritanie.
Ces découvertes, si elles se réalisent, feront de ce pays un acteur important de la sous région.
Grâce à sa position géographique, la Mauritanie, située au bord de locéan Atlantique, se trouve à proximité de grands marchés de consommation des produits pétroliers. Les tankers, quittant ses eaux territoriales, mettront moins de 10 jours pour rejoindre les ports dEurope Occidentale et moins de 3 semaines pour rallier la côte Est des Etats-Unis dAmérique sans contraintes géopolitiques.
La Mauritanie compte 3 millions dhabitants dont plus de 40% danalphabètes. Elle est rentrée, timidement mais espérons sûrement, depuis février 2006 dans le cercle restreint des pays producteurs dhydrocarbures grâce à lexploitation du champ offshore Chinguetti.
Les revenus ainsi générés alimentent le Fonds National des Hydrocarbures qui a été créé en 2006 afin de collecter, pour le compte de lEtat, tous les paiements provenant de lactivité pétrolière, et les placer dans un compte ouvert à cet effet à la Banque de France.
Lutilisation de ces revenus, certes modestes pour le moment mais qui sont appelés à augmenter au cours des prochaines années, pour en espérant garantir une paix intérieure et extérieure à la Mauritanie, fera lobjet de ce qui suit.
Utilisation des revenus
Une gestion transparente et équitable des revenus tirés du pétrole évitera au pays des perturbations internes difficiles à contenir. Cette manne appartient à tous les mauritaniens et ils ont le droit den profiter, chacun selon ses aptitudes et ses efforts personnels.
On doit cultiver chez le mauritanien lamour du travail et de leffort et surtout éviter de faire de lui un rentier, sinon les autres viendront dépouiller le pays dune valeur ajoutée pourtant créée sur son sol. Ce qui est, malheureusement, pour le moment, le cas pour la grande part des effets induits générés par cette activité.
La réalisation dun solide socle pour la pérennité dun état moderne viable doit être une priorité.
Cest ainsi que la justice, la santé, léducation et les autres infrastructures de base doivent largement profiter de cette manne pour mettre le pays sur la meilleure voie possible pour un développement durable.
Une partie de ces revenus pourrait être utilisée pour améliorer la compétitivité des autres secteurs de léconomie du pays : la pêche, les mines, le tourisme, lagriculture et lélevage.
Les générations futures ne doivent pas, non plus, être oubliées. Il est nécessaire quun fonds spécial leur soit consacré. Celui-ci doit être doté de revenus bien spécifiés et de procédures rigoureuses de gestion.
Une attention particulière doit également être accordée à la protection de lenvironnement contre les diverses formes de pollution liées à lexploration et à lexploitation des hydrocarbures pour garder la faune et la flore intactes et surtout pour éviter aux habitants du pays des épidémies dévastatrices.
Le prix de la sécurité
Les pays voisins de la Mauritanie sont beaucoup plus peuplés quelle et ont des problèmes très aigus de sous développement, pour la plus part dentre eux.
Ce nouveau statut de pays producteur dhydrocarbures impose aux responsables politiques beaucoup de sagesse et dhabileté diplomatique pour éviter à la Mauritanie de sérieux problèmes en perspective.
Limplication des différents pays de la sous région, chacun selon son importance, dans cette manne pétrolière est un préalable à toute stabilité en Mauritanie. Une préférence, après les mauritaniens, pour lemploi de leur ressortissants, en concertation avec leur gouvernement respectif, pourrait être une approche intéressante pour les faire participer. La création dun fonds de développement, quand les revenus pétroliers deviendront importants, pour financer des projets dans ces pays pourrait également être envisagée.
La Mauritanie verra aussi déferler sur elle, dans les prochaines années, un flux important dimmigrés en quête de prospérité. Il y a lieu dêtre vigilant et de bien se préparer en conséquence en faisant attention, en particulier, à létat civil. La Mauritanie pourra sinspirer, dans ce cas, de lexemple des pays du Golfe pour quelle ne soit pas envahie par des populations venues dailleurs.
Sans une gestion juste et efficace des revenus financiers provenant de lactivité pétrolière et de lincidence de celle-ci sur lenvironnement, mais aussi limplication intelligente des différents pays de la sous région dans les fruits générés par cette nouvelle ressource, le pétrole sera plus, pour le peuple mauritanien, une malédiction quun formidable outil de développement.
Ismail Abdel Vetah
Ingénieur spécialiste en Développement et Exploitation des Gisements dhydrocarbures et en Finance
E-mail : vetah_ismail@yahoo.fr
Mobile : +222 631 54 51
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